Jeffrey Jacob Abrams
par David Tomaszewski , publié le 8.02.2010
Jeffrey Jacob Abrams, 43 ans, véritable génie de la communication, est un créateur multitask, scénariste, réalisateur, et producteur de cinema et de télévision, aujourd’hui mondialement reconnu. Fils de producteurs de télévision, passant sa jeunesse dans les studios et démarrant très jeune une brillante carrière de scénariste (on lui doit notamment les scripts de Forever Young, À Propos d’Henry, ou encore Armageddon), JJ Abrams est devenu ce que l’on peut considérer l’un des pionniers du transmedia, et probablement même le chef de file, car il est aujourd’hui celui dont la création sur multi-support est la plus visible aux yeux du plus grand nombre.
Après les séries à succès Felicity, et Alias, dont il est le créateur, Abrams donne naissance à un ambitieux nouveau projet: LOST, proposant un vaste univers aux multiples contenus viraux. Tout d’abord sur internet, avec un forum officiel, où les spectateurs peuvent confronter leur point de vue, le forum devenant une véritable mine d’or pour les scénaristes. Sont par ailleurs mis en place de multiples jeux de pistes sur le site fictif d’OCEANIC AIRLINES, compagnie aérienne de l’avion du vol Sidney-Los Angeles, point de départ de la série télévisée.
L’univers de LOST propose par la suite, à l’issue de la quatrième saison, une série de 13 mobisodes intitulés Missing Pieces, diffusés uniquement sur les téléphones portables aux États-Unis, à une fréquence d’un épisode par semaine pendant treize semaines avant le début de la saison.
Abrams prône une certaine écriture à l’instinct, privilégiant le plaisir de surprendre, parfois au détriment de la cohérence globale.
« Ce n’est pas la fin qui compte, mais l’expérience que l’on vit. Quand des fans de Lost me demandent comment ça se termine, je leur dis? : “Vous voulez vraiment savoir ? OK, je vais vous raconter.” Et aussitôt, ils se mettent à hurler pour que je ne leur gâche pas leur plaisir », dit-til.
LOST s’assume donc pleinement comme une œuvre inachevée en perpétuelle mutation, auquel l’interprétation du spectateur constitue un important élément de l’écriture.
Entre deux projets, JJ Abrams passe à la réalisation de long-métrage, en signant le troisième volet de la saga Mission : Impossible, budget le plus cher de l’histoire attribué pour un premier film. Abrams prouve avec MI:3 qu’il est autant à l’aise sur grand écran que sur petit.
Selon Abrams, il y a aujourd’hui mille manières de raconter une fiction. Le film, ou la série, est selon lui « le sommet d’une expérience qui débute avant la projection et qui peut s’achever longtemps après ».
Abrams le prouve avec Cloverfield, qu’il produit: une sorte de Godzilla à la sauce amateur façon Blair Witch.
« En balançant sur le net des images du film sans les expliquer, il y avait quelque chose du documentaire amateur à la YouTube. Les spectateurs ne sont pas dupes, mais avec ces images, on commençait à raconter l’histoire et eux étaient déjà dans le film. »
Et bien avant même les quelques extraits du films, le site officiel, qui n’avait qu’une date de sortie en guise de titre, était un véritable labyrinthe aux nombreuses énigmes, œufs de pâques, et jeux de pistes complexes.
JJ Abrams se voit à cette époque confier la responsabilité de rebooter la saga Star Trek, en signant la réalisation d’un nouvel épisode, là où tout commence.
La première bande-annonce du film n’est déjà pas anodine: elle ne montre aucune image du film, mais la construction du vaisseau spatial Enterprise, dans lequel s’envoleront les héros de l’histoire, comme si JJ Abrams nous montrait son work in progress, le processus de création et de construction d’une œuvre, ce que l’on ne voit jamais à l’écran.
Enfin, Abrams met à nouveau en œuvre sa créativité sur différent supports avec la série télévisée Fringe. L’un des personnages, inquiétant et mystérieux, apparaît furtivement dans chaque épisode, chaque fois qu’un événement relevant de la division Fringe se produit. Appelé l’ »observateur », il porte toujours le même costume noir, et a le signe distinctif d’être chauve. Un peu comme « Où est Charlie« , Abrams a inséré son personnage dans divers programmes télévisés. On peut ainsi l’identifier lors d’évènements importants, comme le Superbowl, dans les gradins près de la pelousee, dans le stand d’une écurie automobile lors d’un grand prix, ou encore dans le public de la célèbre émission américaine American Idol.
Scénariste, producteur, réalisateur, Abrams est un véritable homme-orchestre: il est aussi compositeur, a signé tous les thèmes musicaux de ses séries télévisées, et il lui arrive même parfois de mettre la main dans le camboui des effets visuels numériques.
Il joue même très bien du clavier:
Il serait intéressant d’inviter JJ Abrams à donner un cours sur le transmedia à tous les producteurs frileux de notre hexagone, car il demeure à ce jour le meilleur exemple de celui qui met en forme des idées sur multi-supports comme un practicien, et non un théoricien.
Peut-être la meilleure solution pour lancer la machine en route et avancer?
JJ Abrams est fasciné depuis son enfance par la magie et les mystères, passion qui lui a été inculquée par son grand-père pour lequel il avait beaucoup d’estime. Abrams symbolise son travail de création et d’imagination par une boîte à magie qu’il a acheté enfant, lui remémorant son grand-père, et qu’il n’a jamais osé ouvrir. Il conçoit ainsi tous ses projets à l’image de cette boîte restée encore emballée, qu’il appelle “la Boîte à Mystère”:



