Convergence culturelle Partie 2

convergence

par David Peyron , publié le 19.01.2010

deuxième partie :  Transmedia et declinaison

D’autres concepts sont utilisés pour caractériser ce phénomène, mais à mon sens ils n’en rendent compte que partiellement. Certains parlent ainsi d’intermédialité, c’est le cas par exemple de Stefanelli et Maigret[1]. Ils analysent le lien croissant entre certaines séries télévisées et les comics, notamment Lost et Heroes, comme une preuve de l’intermédialité croissante de l’industrie culturelle. Pour eux, comme pour Jenkins, si ce processus est né dans certaines branches sous-culturelles des mass medias, il se renforce chaque jour un peu plus.

Ce concept rend donc bien compte de la construction actuelle de certains objets culturels. Et en effet, comment juger autrement l’inspiration narrative flagrante des comic books américains sur une série comme Lost ? Et la manière dont elle est déclinée sur de multiples médias en fait un exemple de « world making » réussi.

Cependant, le concept d’intermédialité, s’il est opératoire sur le plan de l’analyse narrative, et s’il met bien en exergue le double mouvement d’intertextualité transmédiatique et de récits eux-mêmes dispersés sur plusieurs supports[2], oblitère le deuxième volet du concept. En effet, nous sommes là dans une perspective interne, or l’avantage du concept de Jenkins est qu’il contient un volet social, celui du public, depuis le grand public qui n’accèdera qu’à un des volets de l’œuvre au fan assidu qui collectionnera toutes les extensions et en repérera  l’intertextualité.

Prendre en compte ce public dans le phénomène de lien entre médias, permet d’en analyser la réception dans une continuité totale sans rupture. Cela permet aussi de repérer tout ce que John Fiske nomme les « tertiary texts »[3], c’est-à-dire les extensions et références faites par les fans eux-mêmes. Ce sont les machinimas, les mash-ups, les fanfictions, toutes ces productions non professionnelles, formes de « l’individualisme expressif » comme le dirait Laurence Allard[4]. Si l’on ne tient compte que des objets produits par l’industrie, on oblitère ainsi tout ce que le public lui-même peut produire à partir du matériau fourni.

(Première partie : Transmedia et création univers)


[1] Matteo Stefanelli et Eric Maigret, « la bd, nouvelle matrice des séries télévisées », dans Médiamorphoses hors série séries télévisées, Ina/Armand Colin, Paris, Janvier 2007, pp. 163-167
[2] A ce sujet voir aussi : Marie Laure Ryan, Narrative Across Media: The Languages of Storytelling, University of Nebraska Press, 2004
[3] John Fiske, « The cultural economy of fandom » dans L. A. Lewis (dir. ), The Adoring Audience, Routledge, pp.30-49, 1992
[4] Voir par exemple : Laurence Allard et Olivier Blondeau, Devenir média, l’activisme sur internet entre défection et expérimentation, Editions d’Amsterdam, 2007