Le Transmedia allume le feu (de paille ?)

onlinetv

par Philippe Daniel Coll , publié le 29.05.2010

Ceux qui suivent mes billets sur mon blog le savent très bien : cela fait pas mal de temps que je suis un convaincu de la convergence des médias, de l’apparition de nouveaux modèles de production, de distribution et d’écriture. Et le transmedia est, en définitive, la synthèse de tout cela.

En cela, il est plus qu’une nouvelle possibilité s’offrant aux créatifs et aux producteurs, plus qu’une nécessité même : c’est un véritable passage obligé à la transformation et la maturation de l’industrie culturelle dans son ensemble (films, jeux vidéo, livres, etc.).

Encore faut-il en prendre conscience ?

Les gens d’Orange ont voulu installer le débat dans une démarche ouverte : à travers le Transmédia Lab, leurs barcamps et leurs actions de formation et de coaching, ils participent activement et de manière importante à l’implantation du Transmédia en France.

Si un acteur aussi comme Orange entreprend de tenir ce rôle de sa propre initiative, c’est bien que les enjeux sont majeurs : loupons le virage du Transmédia et nous finirons dans les mêmes chemins de traverse que ceux qu’ont déjà malheureusement emprunté les industries cinématographiques d’autres pays voisins ! Et nous serons condamnés, dans le meilleur des cas, à ramer pendant des années pour revenir péniblement dans la course. Si tant est que l’on y arrive.

Alors que faire pour s’assurer que le Transmédia soit bien appréhendé comme une évolution incontournable qu’il est et que toute cette histoire ne finisse pas en feu de paille ?

Il faut que les créatifs, les auteurs, les scénaristes ET les producteurs en prennent rapidement conscience. Et ça, croyez-moi, c’est loin d’être gagné.

Un exemple très concret : lors du dernier Forum Cinéma et Littérature de Monaco, j’ai interviewé, pour OnlineTV France, plusieurs grands du cinéma, de la télévision, du roman et de la BD.

À chacun, j’ai posé la même question (parmi plusieurs autres, différentes en fonction de mon interlocuteur) : et vous, comment abordez-vous le transmédia ?

Dans tous les cas, la réponse fut d’abord la même : « euh… C’est quoi exactement le Transmédia ? »

Alors, entendons-nous bien : je ne me moque pas, ni même critique ces trois hommes pour lesquels j’ai un énorme respect : je n’ai jamais publié de roman ou BD à succès et mes documentaires n’ont pas la même audience que les films des réalisateurs que j’ai interviewé.

Mais leur méconnaissance de ce qu’est précisément le transmedia est révélatrice de 2 choses :

1) bien qu’immédiatement intéressé, une fois informé, la majorité des auteurs ne sait pas encore ce qu’est le transmedia ;

2) les producteurs, éditeurs et autres responsables de programmes l’ignorent tout autant, sinon ils en parleraient à leurs auteurs et leur demanderaient de développer des projets Transmédia. Du coup, les dits scénaristes se seraient renseignés sur le sujet et le point numéro 1 ne concernerait, de facto, qu’une minorité de professionnels.

Conclusion : tant que les professionnels qui participent en amont à la décision de créer une œuvre ne seront pas largement sensibilisés au Transmédia (où qu’ils le considéreront, de manière hautaine, comme une mode, une passade), celui-ci mettra du temps à s’imposer (et l’on sait que tout retard est un handicap dans ce monde où tout va très vite), voir pire : il périclitera en entrainant dans sa tombe toute l’industrie française de la création (déjà bien fragile). Tombe que nous lui aurons nous-mêmes creusé et où, ironie suprême, nous finirons avec lui.

Enfin, quand je dis nous, je désigne juste les professionnels français. Parce que de l’autre côté de l’Atlantique, cela fait déjà quelque temps que la question ne se pose même plus et que toutes les nouvelles productions se conjuguent au transmedia.

Alors, oui, il est de coutume de dire que les Américains ont 10 ans d’avance sur nous. J’entends ça depuis que je suis môme.

Mais est-ce une fatalité et, surtout, un tel postulat a-t-il encore un sens à l’ère de la dématérialisation et de l’Internet ?

Personnellement, je porte à faux dans les deux cas.

Alors, oui, les initiatives d’Orange créent ces passerelles permettant aux professionnels de mieux appréhender les mécanismes de la production propre au transmedia. Ils faut qu’elles perdurent et même se multiplient.

Mais, en l’état, elles ne concernent qu’un public déjà au fait de ce qu’est le transmedia.

Or, on l’a vu, le pire est à venir si la mutation « transmédiatique » ne prend pas rapidement et largement.

Et ça, ni Orange, ni l’État, ni le C.N.C., ni qui que ce soit d’autre ne peut être derrière tous les professionnels directement concernés : c’est à chacun d’entre-nous (et je me mets bien évidemment dans le lot) de remplir notre devoir de formation continue qu’imposent pourtant nos fantastiques métiers en perpétuels évolutions.