Un beau roman, une belle histoire

roman

par Jean-Yves Le Moine, publié le 31.07.2009

Les bonnes histoires nous touchent. On peut être touché dans son corps et dans ses sens. Une bonne histoire nous touche au corps parce qu’elle nous révèle Autre, irréductible justement à ce corps que nous mettons souvent en avant ou en retrait. Nous nous reconnaissons alors tout à fait nous-mêmes et tout à fait Autre.

Une bonne histoire nous touche dans nos sens, quand elle nous émeut, nous fait nous mouvoir, nous met en mouvement, intérieurement et/ou extérieurement. Nous devons pour faire corps avec cette histoire, nous mettre dans la bonne posture, qui nous engage corporellement et émotionnellement. Dans notre fauteuil, dans le métro, ou dans la rue avec nos amis.

Le mouvement intérieur n’est possible que si nous sommes prêt, si nous n’avons pas peur de notre peur. Une bonne histoire doit nous rassurer, nous donner confiance. Le mouvement extérieur est toujours un mouvement vers les autres. Quand l’histoire est bonne, j’ai envie de la vivre, de la partager avec d’autres. Une bonne histoire résonne socialement en nous, individuellement et collectivement.

Mais pourquoi et comment une histoire nous touche-elle ? Nous nous identifions à une histoire. L’histoire doit résonner en nous. Quelque chose de cette histoire active notre mémoire la plus enfouie, la mémoire sémantique. Cette activation nous aide à « reconnaître » cette histoire. Elle est racontée là devant nous, mais elle était déjà là en nous, depuis bien longtemps dans nos vies. Elle fait écho à quelque chose en moi, quelque chose de semblable et de différent. Quelque chose que je reconnais et qui m’échappe à la fois.

Je la fais mienne, je veux la raconter à mon tour à d’autres. Mais ce n’est plus l’histoire que l’on m’a raconté que je vais dire, c’est mon histoire. Et comme elle a su toucher l’Autre en moi, je sais qu’elle va pouvoir en toucher d’Autres. Cette appropriation de l’histoire n’est alors pas seulement personnelle, mais aussi collective car les bonnes histoires véhiculent toujours un sens archétypique qui nous touche collectivement.