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  1. La structure moléculaire

1Le propre du singe-conteur

Le célèbre paléontologue Stephen Jay Gould définissait l’homme comme « le primate qui raconte des histoires ». Terry Pratchett, l’humoriste anglais inventeur de l’irrésistible « disque-monde », estime que le terme « homo sapiens » est une sur-promesse (la sagesse n’étant pas notre caractéristique la plus manifeste!) et qu’en réalité l’homme est un « pan narrans »  - un « singe conteur ».


Sur le Disque-Monde de Pratchett où les concepts sont « réifiés » (ainsi il y a un petit dieu des trous dans les chaussettes et un autre des tiroirs qui se coincent, qui assurément ne sévissent pas que sur le Disque-Monde), il existe une substance élémentaire qui s’appelle le narrativium. Le « narrativium » préside à l’histoire de l’homme comme la carbone préside à la vie. Pour prendre un exemple concret, si nous sommes allés sur la lune en 69 à bord d’un obus évidé lancé depuis la Floride, c’est parce que nous nous racontions des histoires sur la Lune depuis des millénaires et que Jules Vernes nous a fort aimablement suggéré de tirer un obus évidé depuis la Floride. Sinon, pourquoi diable serions-nous allés nous baguenauder sur ce caillou désert qu’on voit aussi bien d’ici ? Les auteurs de SF nous l’avaient bien dit, il n’y avait pas de Martiens sur la Lune de toute façon. Sans le narrativium donc, pas de grand pas pour l’humanité ni de petit pas pour l’homme.

 

Le narrativium est tout aussi indispensable à l’humanité que le carbone, l’oxygène ou l’hydrogène!..

Pour résumer. Du narrativium sont nées de multiples choses vivantes. Les contes, les légendes, les mythes et les épopées, le théâtre, la chanson, le roman, la presse, le feuilleton, la BD, le cinéma, la radio, la TV, les jeux vidéo, le Web, et j’en passe… tous plus ou moins cousins les uns des autres et issus d’une collision avec un autre élément, le coin du feu ou la place de village, le papier, l’encre, la photographie, les ondes ou l’électronique; le narrativium fait feu de tout bois et se propage plus vite que la grippe A (laquelle se nourrit aussi du narrativium d’ailleurs, mais c’est une autre histoire). Qu’on lui monte une estrade ou un drap tendu quelque part et le narrativium s’installe, c’est plus fort que lui. Ou plus fort que nous, devrais-je dire.

Et voilà qu’aujourd’hui, il aiguise ses petites dents et voudrait bien croquer du transmedia, c’est trop tentant ce bel espace presqu’aussi grand que la planète!..

Les bardes-forgerons du narrativium s’interrogent: quelle forme donner à ce bidule nouveau qui déjà fermente un peu partout? Le truc (un peu comme la grippe A d’ailleurs) pourrait bien muter avec son hôte et ça leur complique la vie!..

Diplômée d’une Ecole de Commerce, Anne Larroque a publié son premier roman à l’âge de 20 ans (Plon). Après une première carrière dans la presse grand public (Groupe Expansion), le disque (WEA Filipacchi Music) et la communication (Havas, Publicis, Bozell Worldwide) où elle fut distinguée par de nombreux prix créatifs (Stratégies, CB News, Empreinte), elle revient à l’écriture au tournant du millénaire. Formée à l’écriture de scénarios aux Etats-Unis (notamment avec Robert McKee), elle fut dès ses débuts représentée par ICM. Depuis, elle a écrit une vingtaine de longs métrages en français et en anglais, dont une quinzaine vendue à des productions internationales. « Godforsaken », réalisé par Jamil Delhavi (UK) et sorti sur les écrans en 2009, a reçu le Golden Palm Award au Festival de Mexico et a été nominé à de nombreux festivals européens et nord-américains. Portée par son expérience de nombreux médias différents et passionnée par les techniques émergentes, elle est devenue une pionnière de la narration transmedia en Europe avec, notamment, la création de « Lost Memories ».

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