Zones d’ombre et indices, ingrédients pour pimenter une recette transmédia ! (d’après G. Long)

transmedia

par Nicolas Bry, publié le 24.08.2009

Voici quelques éléments pour épicer une histoire transmédia, ils sont tirés de la thèse de G long que je vous invite à lire : ici

Negative capability ou zones d’ombre La « Negative capability » remonte à une lettre de John Keats de 1817, qui parlait de la « capacité d’un homme à être dans l’incertain, le mystère, le doute sans chercher obstinément les faits et la raison ». Appliqué à la narration, cette faculté serait une sorte d’envers du décor, l’art de laisser des trous pour évoquer le mystère, laisser planer le doute. Ces trous ou zones d’ombre, le spectateur les comble avec son imagination, tout en ayant envie de continuer à trouver de nouveaux indices. « Et ainsi de suite, le plaisir narratif se nourrit de l’envie de savoir ce qui va arriver, de voir l’espace s’ouvrir et se refermer jusqu’à la résolution de l’histoire» nous disent la professeure Mary Beth Haralovich et le mathématicien Michael W.Trosset, cités par Henri Jenkins dans son livre Convergence Culture. starwarsJanet Murray développe ce point en indiquant « qu’en entrant dans le monde de la fiction, nous ne suspendons pas seulement notre sens critique, nous exerçons aussi notre capacité créative, ce n’est pas tant que nous cessions d’être incrédules, c’est que nous nous formons activement une croyance. Notre désir d’être immergé dans l’expérience nous amène à utiliser notre intelligence pour renforcer plutôt que mettre en doute la réalité de l’expérience». En bref, il en faut peu pour que notre imagination ne parte au galop ! Les spectateurs emmagasinent les différents éléments de la narration principale et des histoires dérivées, ils en font une base de données où chaque nouvelle pièce se connecte aux éléments précédemment vécus. Allant plus loin, Barthe va jusqu’à distinguer l’auteur de son texte : il laisse la signification du texte entre les mains des lecteurs, plaçant les textes interprétables (visibles) au-dessus des textes fermés (lisibles) dans sa hiérarchie des valeurs. Long pense différemment, plutôt que de les opposer, il voit les histoires comme des communications entre l’écrivain et son lecteur, une part qui transmet et une part qui reçoit. Tout l’art sera d’utiliser des approches ouvertes, interprétables, comme un leurre pour attirer le spectateur et lorsque les « trous » ont été comblés ou les zones d’ombre clarifiées, de fournir un prétexte assez bon – de nouvelles zones d’ombre dans l’histoire – pour le faire revenir encore et encore ! Un des meilleurs exemples se situe peut-être dans la guerre des étoiles : comment Anakin Skywalker est-il devenu Darth Dader ? Qu’était la vieille république ? … Toutes ces questions sans réponse sont prétextes à de nouvelles histoires. matrix2Ruppel (Matrix) nous parle d’indices migratoires, il s’agirait de passerelles vers une autre histoire, comme « un signal vers un autre medium permettant à un auteur de marquer différents chemins ; l’utilisateur les localise par des signaux, sortes de panneaux indicateurs » . L’espace ouvert par les zones d’ombre permet de proposer ces passerelles. Les lettres de Matrix en sont un exemple, une allusion pour amener le spectateur à chercher plus d’information sur les lettres dans les autres épisodes de l’Animatrix et Enter the Matrix. En résumé nous dit G. Long, un auteur est un architecte ! Il doit d’abord bâtir soigneusement une histoire transmédia avec son univers narratif; cet univers pourra ensuite être évoqué furtivement au travers de zones d’ombres attisant l’imagination du spectateur et laissant ouvertes les possibilités de passerelles vers d’autres histoires.

Avatar

auteur Nicolas Bry

Nicolas Bry a fondé le Transmedia Lab en 2009 chez Orange Vallée. www.nbry.wordpress.com/about/