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Occupy Olympus : crise financière et mythologie à la sauce transmedia

Par Vincent Puren publié le 15/05/2012 0 commentaire(s)

storytelling Occupy Olympus : crise financière et mythologie à la sauce transmedia

Et si les valeurs boursières étaient des dieux grecs ? Et si les traders jouaient leur place dans le panthéon et les manifestants tentaient désespérément d’occuper l’Olympe pour se faire entendre ? Occupy Olympus est une installation transmedia présentée en octobre dernier à Paris dans le cadre du TIU. Elle vous invite à vous engager dans cette lutte mythologique sur fond de crise financière.  Choisissez votre camp et tentez vous aussi d’occuper l’Olympe !

 

 

 

Occupy Olympus est une expérience transmedia proposée par une équipe de 12 étudiants de l’ENJMIN, composée d’un chef de projet, quatre game designers, trois programmeurs, un graphiste, deux sound designers et un ergonome. Nicolas Jaujou, lead game designer du projet et  Arthur Prudent, game designer et chargé de communication ont accepté de jouer le jeu des questions/réponses pour nous expliquer avec beaucoup de conviction, les mécaniques de ce projet accessible à partir du 18 octobre 2012 au Musée des Arts et Métiers.

 

  • PARLEZ NOUS DE LA GENÈSE DU PROJET OCCUPY OLYMPUS. QUEL RÔLE A JOUE JÉRÉMY POUILLOUX DU TIU ?

Nicolas Jaujou : Jeremy Pouilloux est venu nous donner un cours sur le transmedia et présenter le TIU en octobre à l’ENJMIN. Le cours était prévu pour les M2 (seconde année de l’ENJMIN) mais certains M1 ont pu y assister. Il se trouve que le calendrier du TIU correspond mieux au calendrier pédagogique des M1 et que beaucoup d’entre nous avaient envie de se frotter au transmedia. On s’est réuni et on s’est donné une période pour présenter des pitchs. L’attitude de Jeremy Pouilloux, serein et professionnel, nous a convaincus de la crédibilité de son initiative et de son potentiel.  C’est une première édition et on entend bien représenter l’ENJMIN et sa culture jeu vidéo.

 

  • POUVEZ-VOUS NOUS PITCHER VOTRE PROJET EN 140 CARACTÈRES ?

NJ : La mythologie grecque rencontre la crise financière. Occupez l’Olympe comme un dieu de la finance ou comme un humain décidé à se faire entendre.

 

  • COMMENT VOUS EST VENUE L’IDÉE D’ALLIER MYTHOLOGIE ET MONDE DE LA FINANCE ?


NJ : L’inspiration d’Occupy Olympus vient des mouvements “Occupy”, “we are the 99%”, bien évidemment de la crise financière en Grèce et des discours qui lui sont relatifs. Certains tweets comparaient avec humour la dette financière de la Grèce avec la dette culturelle du monde occidental envers la Grèce antique. Dans la lancé et de façon un peu potache, on s’est mis à se questionner sur la façon dont les dieux pouvaient eux même vivre la crise financière : est-ce que le Minotaure peut encore payer son loyer? Est-ce que Zeus doit limiter ses dépenses d’énergie ? etc.

Le roman de Neil Gaiman, American Gods, s’est invité rapidement dans nos conversations et nous a poussés à réfléchir aux nouvelles mythologies, à coupler nos dieux aux valeurs boursières. Naturellement, la figure du trader s’est imposée, non pas comme celle d’un dieu, mais bien la figure ambiguë d’un humain qui est en relation avec les dieux.

 

  • QUELLES SONT VOS SOURCES D’INSPIRATIONS, VOS RÉFÉRENCES ?

NJ : Quand on présente Occupy Olympus, on revient souvent vers nous en nous citant Olympos de Dan Simmons, et en effet la SF virtuose et totalement décomplexée du maître a réellement influencée et renouvelée notre approche de la mythologie grecque. Toutefois, c’est plutôt du coté de Neil Gaiman et de son American Gods (futur IP transmedia d’ailleurs) que le projet revendique une paternité.  En effet, si à la façon de Gaiman, les dieux parcouraient la terre des hommes, si ils étaient dans une lutte perpétuelle pour gagner de l’influence, il nous a semblé que les places de marché seraient le meilleur endroit pour focaliser l’attention des humains autour de leurs valeurs. Occupy Olympus s’éloigne d’American Gods en se focalisant sur le monde de la finance et le monde tel qu’il est secoué par la finance.

En terme de structure, c’est le fantastique travail de CCP Games autour de son MMO PC, Eve Online, et de son futur petit frère, Dust 514 qui est notre référence en terme de transmedia. Le premier met le joueur au commande de vaisseaux spatiaux donnant des ordres à ceux du second, simples soldats se battant à la surface des planètes. De la profondeur des systèmes mis en place, de la façons de les synchroniser et de s’appuyer sur des publics différents (joueurs PC/ Joueurs consoles), nous avons tiré notre propre envie de jouer sur l’asymétrie de pratiques et de postures.

Enfin, à l’origine d’Occupy Olympus il y a une envie irrépressible et partagée dans l’équipe d’utiliser une esthétique proche des Rogue Like, qui rappelle les origines mythiques et sauvages du jeu vidéo et l’esthétique chiffrée des salles de marchés. Nous pensons que cette esthétique low tech donnera aux interactions humaines et aux émotions toute leur place.

 

  • QUELS SUPPORTS (TERMINAUX, PLATEFORMES) UTILISEZ-VOUS DANS OCCUPY OLYMPUS ET QUEL TYPE DE CONTENU EST ACCESSIBLE SUR CHACUN DE CES SUPPORTS ?


Arthur Prudent : Voici la maquette de la scénographie de l’expérience. On y voit les différents supports de l’expérience, avec une mise en avant des deux camps qui s’affrontent : les 1% (Trading with Gods) et les 99% (Word Conquest).

●        Le jeu TWG est une simulation boursière qui propose aux joueurs d’utiliser leurs smartphones pour se connecter à un site mobile qui permet de parier sur des valeurs boursières et d’amasser de l’argent.

●        Le jeu WQ est quant à lui un jeu de conquête sur PC dans lequel les joueurs doivent coopérer pour avancer sur une map en résolvant des mots cachés pour atteindre l’Olympe.

●        Les flux d’actualités, diffusés sur Twitter, sont affichés sur des écrans disposés dans la salle, mais aussi accessibles par le web.

●        La Global Map (et les valeurs boursières de TWG) est projetée sur le mur.

 

  • QUELS SONT LES POINTS DE DÉPART DE « TRADING WITH GODS » (MOBILE) ET « WORD CONQUEST » (PC) ?

AP : TRADING WITH GODS

Dans un premier temps, nous avions le désir d’utiliser des données réelles – en l’occurrence les valeurs boursières – pour ancrer notre système dans la réalité. Mais leur usage s’avérait complexe à mettre en place, et leurs mouvements manquaient d’amplitude et de dynamisme à l’échelle d’une heure, la durée de l’expérience visée. En parallèle, l’analyse du fonctionnement des places boursières nous a révélé qu’il avait tous les attributs d’un jeu (notion de succès, et d’échecs, prise de risque etc…), à l’exception de leurs conséquences bien réelles. Il nous est donc apparu judicieux d’imaginer notre propre bourse, laissant les joueurs créer leurs propres valeurs, succès et crises.

WORD CONQUEST

Le désir de proposer au joueur l’exploration d’une carte en ASCII Art (réalisation d’images uniquement à l’aide des lettres et caractères spéciaux contenus dans le code ASCII) date du tout début du projet. Une fois l’objectif commun fixé (atteindre l’Olympe), nous avons passé en revue plusieurs activités à effectuer sur cette carte (comme des énigmes avec des URL cachées). Nous avons finalement opté pour un concept simple à comprendre et à mettre en place : les mots cachés. Ce choix nous permet de plus de jouer avec l’esthétique de la carte, faite de lettres. En permettant aux joueurs d’évoluer sur la même carte, nous les poussons à collaborer pour avancer plus efficacement, correspondant ainsi à la mentalité des 99%.

 

  • QUEL LIEN ENTRETIENT TRADING WITH GODS AVEC WORD CONQUEST ? QUELS IMPACTS ONT-ILS L’UN SUR L’AUTRE ?


AP : Le lien principal entre les deux jeux est leur objectif commun : accéder à l’Olympe.

●        TWG sur WQ : lorsqu’une action voit sa valeur s’envoler, l’élément correspondant envahit la carte. Exemple : l’action « Poseidon Corp » décolle, l’eau recouvre certaines zones de la carte où se trouvent les 99%, les empêchant d’avancer.

●        WQ sur TWG : à chaque grille de mots cachés résolue, les éléments aux alentours sont repoussés. Au bout d’un certain nombre de fois, l’action correspondant à l’élément repoussé voit sa valeur chuter, déstabilisant les 1%.

Afin d’englober les deux systèmes et mettre en avant le camp ayant l’avantage, un système d’ambiance sonore dynamique bruitera et accompagnera l’expérience.

 

  • VOUS PARLEZ DE GLOBAL MAPS, POUVEZ-VOUS EXPLIQUER L’INTÉRÊT DES « MAPS » DANS OCCUPY OLYMPUS ?

NJ : La projection de la Global Map est en rapport avec la projection des cours de la bourse et de l’affichage du classement des traders. Dans un cas on a un support à la mise en place d’une compétition, dans l’autre, un support à la mise en place d’un collaboration.

Réalisé en ASCII art, la Global Map vient opposer au monde chiffré de la bourse un monde fait de lettre, de bruit, mais aussi de messages. Cette map crée du collectif : elle montre à la fois aux joueurs de WQ leur objectif commun (l’olympe au milieu de la carte) mais aussi leur position relative, elle devient donc un support à la mise en place de stratégie.

Paradoxalement, cette représentation de l’espace de la lutte sert aussi d’espace d’information pour les traders qui peuvent voir contre quels éléments les joueurs de Word Conquest (WQ) se battent et prédire de ce fait les prochains drop de valeurs pour en retirer un avantage stratégique. Comment va réagir le joueur/trader en allant chercher de l’information sur le monde ? Quel dynamique va se construire entre les deux camps, sachant que l’information est disponible et qu’on peut à chaque instant décider de changer de coté ? etc.

 

  • NE CRAIGNEZ-VOUS PAS D’ÊTRE TROP COMPLEXE ?

AP : Une grosse partie de notre travail pendant le pitch a été de réduire la complexité de notre projet. Au final, si on regarde de près, les deux briques élémentaires de Occupy Olympus sont des adaptations de jeux simples : Word Conquest est un jeu de mots cachés et TWG est un jeu de roulette.

Nous travaillons, avec l’ergonome de l’équipe afin de présenter le plus clairement possible les actions à disposition du joueur. Nous utilisons par exemple un code couleur commun pour représenter les valeurs boursières et leurs éléments liés, repris dans l’application mobile, la projection des courbes, le jeu PC et la global map.

 

  • QUEL MESSAGE SOUHAITEZ-VOUS VÉHICULER A TRAVERS CE PROJET ?

NJ : Il n’y a pas à proprement parler de message, mais nous utilisons une analogie entre la crise financière et la mythologie grecque qui nous semble assez forte pour contaminer le réel et créer une nouvelle grille de lecture du monde chez le joueur.

Image de prévisualisation YouTube

 

  • QUELLES SONT LES PERSONNES QUI VOUS ONT SOUTENUS / INFLUENCES TOUT AU LONG DE L’ÉLABORATION DU PROJET ?

AP :

●        Nos tuteurs TIU : Eric Viennot et Anne Laroque

●        Notre tutrice ENJMIN : Armelle Prigent

●        Les jurys du TIU, particulièrement ceux qui ont compris nos intentions et qui ont émis des remarques nous permettant d’avancer, comme Stéphane Adamiak.

 

  • POUR CONCLURE, QUE SOUHAITEZ-VOUS DIRE AUX PRODUCTEURS SUSCEPTIBLES DE REJOINDRE L’AVENTURE ?

NJ : Occupy Olympus est une installation transmedia. Elle va être présenté dans le cadre du TIU.  Nous avons des besoins spécifiques en scénographie et donc des impératifs financiers. Le projet a été présenté sur Touscoprod, mais il nous reste que peu de temps pour communiquer. Donc un peu de publicité, un peu de coprod, des ressources, etc. sont les bienvenus !

Concernant le futur, nous aimerions suivre 3 pistes et trouver des partenaires pour passer d’un projet étudiant ponctuel à autre chose :

●        Faire de cette installation une exposition itinérante, qui à moindre coup peut s’adapter à différents espaces et toucher des publics variés.

●        Transposer intégralement l’expérience sur le web en la retravaillant pour cette occasion pour en faire une véritable expérience persistante faisant jouer différentes facettes du social.

●        Poursuivre l’exploration transmedia en exploitant le matchup original d’Occupy Olympus sous forme de web série.

 

  • UN PROJET PLÉBISCITÉ PAR LES EXPERTS DU TIU

Nous avons déjà eu l’occasion de saluer l’initiative du Transmedia Immersive University en janvier dernier, ainsi que la diversité des projets de cette première sélection. Ces journées de rencontre et de partage sont toujours l’occasion de saisir de nouvelles tendances et de voir émerger des équipes qui marqueront peut-être leur secteur dans les années à venir. On en repart alors toujours avec quelques coups de cœur en souhaitant voir comment tel ou tel projet évoluera et, finalement, quelle réalité accouchera des épreuves de la production.

Cette année, Occupy Olympus faisait définitivement partie de cette catégorie… C’est en tout cas l’avis de Stéphane Adamiak du Transmedia lab qui nous confie sa vision concernant cette expérimentation transmedia :

“Tout d’abord, la thématique… Si la référence à la mythologie grecque peut sembler vue et revue, le fait de la relier ici aux arcanes de la finance globalisée s’avère une combinaison plus inattendue qui fait sourire mais surtout qui peut faire sens. C’est malin et on quitte le terrain d’un simple habillage pour celui de la satire. Imaginez les grandes valeurs boursières comme des divinités capricieuses, les traders en grands prêtres, les analystes en oracles… Plutôt bien vu.

Ensuite, la jouabilité… D’un côté, on nous propose de rejoindre une élite prédatrice pour un jeu compétitif. De l’autre, on peut faire le choix de se retrouver parmi la populace pour relever la tête et marcher en masse contre l’ordre divin au fil d’un jeu plus collaboratif.   En proposant une expérience de jeu asymétrique, c’est à dire répartie en deux camps qui n’ont pas les mêmes moyens d’action ni les mêmes objectifs, Occupy Olympus s’aventure sur un terrain quasi inédit dans le domaine du jeu numérique. En intégrant sa thématique au coeur même du game design, cette expérience a le potentiel de produire une histoire émergente et collective, ce qui est assez rare pour être souligné.

Enfin, l’esthétique… En faisant le pari d’un ASCII art plutôt audacieux, l’équipe d’Occupy Olympus réussit à canaliser son effort de production d’une manière maligne, une fois de plus, tout en restant en phase avec un courant minimaliste en vogue. Occupy Olympus, c’est aussi une approche scénographique dans le cadre de la conclusion du TIU en octobre. Espérons que l’ambition du projet saura laisser de la place à une installation cohérente et immersive.”

En dehors d’un cadre transmedia orthodoxe, Occupy Olympus propose une approche originale pour une expérience multi-angles qui demandera à être explorée plus avant. Tous ces éléments font d’Occupy Olympus un projet original et bien pensé qui mérite d’être soutenu. Cela tombe bien : il est encore temps !

Founder and Editorial Manager of « L'Atelier du Numérique », a plateform dedicated to creatives technologies and disruptive communication.

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