L’art et la manière

Kane

par Jean-Yves Le Moine, publié le 9.12.2009

La conception d’une histoire transmedia démarre d’abord à partir d’une histoire, d’une bonne histoire. Mais il n’y a pas que l’histoire, il y a l’univers, il y a aussi la manière dont l’histoire va se développer dans le temps et dans les medias, « contrôlée » ou pas par le créateur.

Avec la même histoire, un merveilleux conteur peut vous tenir en haleine une heure entière quand votre meilleur ami vous endormira en cinq minutes.

Quand on conçoit une histoire transmedia, la manière de la raconter, la mise en scène de l’histoire dans le temps et dans l’espace font partie intégrante de l’histoire. L’utilisation de tel ou tel support pour raconter telle partie de l’histoire, le résultat des contributions du public  réintégré dans telle partie de l’émission TV, l’ARG, partie intégrante du film, il y a moult manières de faire, mais cette monstration de l’histoire en est un élément constitutif.

De la même façon, quand on raconte une histoire au cinéma, la position de la caméra, l’écriture, le montage font partie de l’histoire. D’un Orson Welles à un Max Pecas, la manière de raconter les histoires mais aussi les thèmes abordés et leurs profondeurs varient.

Une histoire transmedia comporte d’autres éléments structurants qu’une caméra et qu’un art du montage consommé ; la façon dont le spectateur va appréhender le contenu, sur quels medias, à quelle heure, dans quelles conditions, tous ces éléments entrent en compte. Certains sont contrôlables dans une certaine mesure par le créateur transmedia, d’autre non.

De sa maîtrise de ces conditions de monstrations dépend la réussite de son œuvre.

Mais cette intégration à la fois verticale et horizontale doit se faire le plus en amont possible. Le créateur doit réfléchir à son histoire et aux moyens de la raconter, le plus tôt possible et de la façon la plus transversale possible. C’est pourquoi nombreux sont ceux qui travaillent en équipe dés le début du projet : scénaristes, spécialistes des technos web et mobile, spécialistes des usages, et professionnels du marketing viral et plus classique. Mais comment travailler, créer quand on est si nombreux ?

Le plus souvent, le projet est porté par une seule tête, mais il s’appuie sur d’autres compétences plus spécialisées qui savent travailler transversalement et surtout qui acceptent de le faire le plus en amont possible pour tisser au plus serré la toile d’un excellent projet transmedia.