Baptême de plongée, Time Code
par Marc Guidoni , publié le 2.10.2009
Quand on tente d’expliquer autour de soi ce qu’est le transmedia, on est généralement titillé par la secrète frustration de ne pas pouvoir dire : regardez tel programme diffusé sur tels médias et vous allez tout de suite comprendre…
Quand on parle de cinéma en relief, il suffit de conseiller d’aller voir ‘Coraline’…L’expérience est là, seulement éloignée du spectateur d’un ticket de cinéma et d’une paire de lunettes polarisantes…
Le transmedia est d’abord une immersion dans un univers de contenus. C’est aussi difficile à décrire que la plongée sous-marine et la sensation de respiration sous l’eau à quelqu’un qui n’a pas au moins une fois essayé.
Pourtant, un long-métrage existe qui permet de s’approcher de cette sensation immersive. Il s’agit de ‘Time Code’, de Mike Figgis ici.
Le procédé est d’une simplicité biblique : l’écran est séparé horizontalement et verticalement, donnant naissance à 4 sous-écrans de mêmes tailles. Et le spectacle commence… Ce sont alors 4 films en plan-séquence qui se déroulent devant nos yeux. Décor commun : Los Angeles. 4 bandes sons les accompagnent, que l’on entend simultanément.
Ce qui est fascinant, c’est qu’il suffit de quelques minutes pour oublier totalement le dispositif technique et être embarqué dans l’histoire, les 4 histoires en fait, mais dont on comprend très rapidement qu’elles n’en font qu’une. En effet, une légère secousse sismique comme il s’en produit souvent en Californie vient à un moment précis perturber les 4 scènes. Et l’on perçoit alors en une fraction de seconde que tout cet univers narratif est synchronisé… Et petit à petit, des personnages partis d’un quart d’écran vont passer dans les autres, se croiser…
Le champ d’une scène se déroulant en haut à droite sera complété par le contrechamp simultané de la même scène se déroulant lui en bas à gauche… Imaginez toutes les acrobaties que ce dispositif permet, Mike Figgis les a déclinées à l’infini…
Time Code me semble porteur de deux enseignements :
• La nécessité absolue de disposer d’un vrai et bon scénario… C’est parce que l’histoire est une vraie histoire de cinéma que le dispositif technique se fait totalement oublier.
• La capacité pour le spectateur de suivre simultanément plusieurs films, bandes sons comprises. C’est une sorte d’aboutissement ultime d’un zapping où on ne zapperait plus. Le cerveau a appris à encaisser tout cela sans broncher. Ce film pourrait exister sous une forme classique, avec un montage et un mixage choisi par le réalisateur. Ici, on laisse chaque spectateur dans l’intimité de sa boite crânienne faire ‘son’ montage image et ‘son’ montage sonore.
Ainsi, même si l’univers de ‘Time Code’ reste fondamentalement synchrone et ne met pas en oeuvre plusieurs ressorts-clés du transmédia (points d’entrée multiples, participatif,…) son visionnage peut réellement être vu comme un ‘baptême de plongée’ de la discipline…



