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Henry Jenkins explique sa vision du transmedia et de l’engagement des publics. storytelling

Henry Jenkins explique sa vision du transmedia et de l’engagement des publics.

Par Mélanie Bourdaa, Aurore Gallarino publié le 04/06/2012 0 commentaire(s) 10 mn

A l’initiative de la Sorbonne Nouvelle – Université Paris 3 et avec le soutien du Transmedia lab d’Orange, le Centre Pompidou recevait vendredi 25 mai dernier Henry Jenkins, pour une conférence sur le Transmedia Storytelling :  » Engagement, participation, play : the value and meaning of Transmedia audiences « . Organisée par Eric Maigret (Professeur à Paris 3) et Mélanie Bourdaa (MCF à Bordeaux 3),  cette rencontre a permis à Henry Jenkins d’expliquer sa vision des stratégies transmedia et des engagements des publics. Nous vous proposons un retour d’expérience par Mélanie Bourdaa et Aurore Gallarino.

LE FAN, FIGURE CENTRALE

Après une introduction dans laquelle Eric Maigret et Mélanie Bourdaa rappellent l’importance des travaux de Henry Jenkins dans la sphère académique et plus particulièrement l’importance de ses premières recherches ethnographiques sur les communautés de fans dans les années 1990 puis, plus récemment, celles sur la Culture de la convergence au début des années 2000, Henry Jenkins souligne d’emblée l’importance du rôle des fans. Pour lui, les industries culturelles, du fait de la convergence culturelle, ont aujourd’hui une perception différente des fans et tentent de composer avec cette nouvelle variable. Il explique notamment que certaines séries télévisées, telle Fringe récemment, ont été sauvées et conservées à l’antenne grâce à la mobilisation des fans sur les réseaux sociaux.

Les logiques d’engagement :

Pour Henry Jenkins, cinq logiques contribuent à l’émergence du transmedia et au phénomène de participation accrue des fans :

-    La logique de divertissement, symbolisée dans les grilles de programmation américaines par la diffusion des séries télé et des émissions de télé-réalité ;
-    La logique de la connexion sociale, mise en avant par les votes et les discussions sur les réseaux sociaux;
-    La logique de l’expert, qui prend forme dans l’intelligence collective (Levy, 1997) mise en œuvre par les fans pour créer, produire et discuter. Henry Jenkins donne les exemples des créations des sites de fans de Twin Peaks et du Wiki de Lost  (Lostpedia) qui rassemblent dans les deux cas des articles rédigés par les fans permettant de mieux comprendre les deux séries ;
-    La logique de l’immersion, qui favorise quant à elle la participation. Par exemple, pour la cérémonie des Oscars, plusieurs dispositifs interactifs permettent aux fans de s’immerger dans la cérémonie et de se fédérer autour d’une communauté ;
-    La logique de l’identification, qui permet aux fans de performer une identité en fonction de ce qu’ils regardent.

LA DEFINITION DU TRANSMEDIA STORYTELLING

Henry Jenkins revient ensuite sur sa définition du Transmedia Storytelling, qu’il avait proposée pour la première fois en 2003 dans Technological Review lorsqu’il avait analysé l’univers augmenté de la franchise des films Matrix.

Partant de cette définition, il propose des exemples qui illustrent cette notion, tant du côté des stratégies de production que des extensions de fans. Ainsi, Jenkins détaille l’univers narratif du Magicien d’Oz (vaudevilles, séries animées, livres, BD) pour illustrer l’idée que, selon lui, les stratégies Transmedia existaient bien avant la création du terme et sa mise en mot par une définition ; et surtout elles existaient bien avant l’explosion du numérique. Il accentuera cette idée en précisant qu’il est tout à fait possible de faire du Transmedia Storytelling sans utiliser les nouvelles technologies et que ces dernières ont surtout été des facilitateurs pour les créateurs d’univers transmedia aujourd’hui.

Puis, le chercheur de l’Annenberg Lab d’USC revient sur des exemples plus contemporains comme la création de la boisson Tru Blood comme directement issue de la série, le collage de  stickers  » anti-alien  » sur des bancs spécialement agencés pour les humains afin de symboliser la ségrégation raciale présentée dans le film  District 9, ou encore les Comic Books Buffy The Vampire Slayer créés par Joss Whedon venant compléter la série par une huitième saison non diffusée à la télévision.

Du côté des fans, immergés dans un univers narratif complet, ils s’attachent à produire eux-mêmes leurs propres extensions transmedia, dans ce que Jenkins appelle le phénomène de performance. Par exemple, les fans de Lost ont réussi à recréer une carte de l’île invisible à l’œil nu dans la série, ce qui a permis de cartographier les lieux et les déplacements des personnages. Les fans de Glee, quant à eux, re-performent les chansons et chorégraphies des épisodes pour les poster et les partager sur des plateformes telles YouTube. Enfin, les fans de Star Wars ont réalisé Star Wars uncut, un collage de plusieurs séquences filmées par les fans et mises bout à bout pour recréer le film entier.

Henry Jenkins note d’ailleurs que certaines extensions fans anticipent les déploiements transmedia des industries culturelles. Il prend ainsi l’exemple de Pottermore, extension transmedia officielle de l’auteur d’Harry Potter. Ce site internet propose notamment des fonctionnalités comme la cérémonie de Répartition du Choixpeau qui désigne la maison à laquelle appartient tout jeune sorcier de Poudlard. Or cette cérémonie avait déjà été développée par les fans eux-mêmes dix ans auparavant : ce qui amène Jenkins à dire que les industries culturelles ont dix ans de retard !

Le Cosplay fait également partie des extensions transmedia des fans, puisqu’ils recréent l’univers et les interactions entre les personnages à leur façon.

Les activités des fans peuvent aussi devenir des actions civiques, dans un mouvement que l’on nomme l’activisme Transmedia. Dans ce cas, les partages et les discussions dans les communautés vont favoriser les rassemblements autour de causes politiques ou caritatives. Ainsi, des enfants palestiniens se sont déguisés en Navii, les personnages du film de James Cameron Avatar, pour symboliser l’oppression de leur peuple de façon pacifiste. D’autres exemples sont à chercher du côté de The Hunger Games par exemple. Les fans de la trilogie littéraire et du film se sont alliés à la Harry Potter Alliance et à Oxfam pour lancer une campagne de prévention contre les risques de la faim dans le monde intitulée  » Hunger is not a Game « . Malheureusement, se sentant menacé, Lionsgate le distributeur du film, a mis fin à la campagne.
« IF IT DOESN’T SPREAD, IT’S DEAD »

Une grande partie de la conférence de Henry Jenkins a par ailleurs porté sur la circulation des contenus médiatiques par les fans. Il a précisé plusieurs points, terminologiques et culturels. Tout d’abord, il parle de circulation des contenus par les fans, et non de distribution qui selon lui, est l’apanage des industries culturelles. Ensuite, il préfère le terme  » propagation  » (spreadable) au terme  » viral  » qui recouvre selon lui une idée de contagion et d’infection. Enfin, il rejette la qualification de  » pirates  » pour ces fans qui se réapproprient le contenu et qui le re-diffusent dans les communautés.

Pour Jenkins, la circulation des contenus médiatiques est certes un choix actif de la part du fan, mais également, un choix de partage et un choix politique. Si l’on reprend son exemple de Koni 2012, ou du mème PepperSpray Cop, nous comprenons bien que les fans s’engagent dans la réception et dans la circulation de contenus particuliers dans des sphères publiques. De plus, ces exemples montrent bien que le Transmedia n’a pas besoin de partir d’une franchise établie (comme un film ou une série télévisée), puisqu’ils ont su attirer des fans non-hardcores.

Henry Jenkins, a travers la conférence, a ainsi tenté d’expliquer les phénomènes d’engagement des publics, et plus particulièrement des fans. Le Transmedia Storytelling favorise en effet différents comportements du fan (créations, intelligence collective, activisme, circulation), qui constituent un terreau fertile pour des des mécanismes d’engagement divers.

Cependant, il reste à noter l’étonnant élargissement de la définition de Jenkins quant au Transmedia Storytelling. Car même s’il a rappelé lors de cette conférence, sa définition initiale, son discours  laisse à penser qu’il tente désormais d’englober un plus large spectre dans le Transmedia Storytelling, s’éloignant parfois de la raison première de la mise en place d’une telle stratégie : la création d’une narration augmentée.

 

Maitre de Conférences à l'Université Bordeaux 3, membre du laboratoire MICA (Médiation, Information, Communication, Arts) - Axe Médias.

Chargée des nouveaux médias au Centre des monuments nationaux, je m'intéresse à la valorisation du patrimoine et de la culture par les outils numériques URL et IRL. En parallèle de mon activité professionnelle, je fais de la recherche "en free-lance" dans le champ des études culturelles, de la fan culture, de la convergence, de la culture participative et des métamorphoses médiatiques en général.

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