Durée des vidéo et audience Web: questions à 5 Giga et quelques Mo pour ceux qui en savent plus que moi…
Par Anne Larroque • 29 sep, 2009 • Catégorie: Technologies & Communautés 2.0, UsagesJe me pose une question toute bête sur les formats vidéo consultés sur le Web et n’arrive pas vraiment à trouver de réponse consensuelle. Si certains d’entre vous ont des réponses ou des chiffres fiables, je les remercie d’avance de bien vouloir m’éclairer…
J’ai entendu certains dire au barcamp que les seuls formats vidéo efficaces sur le Web sont de très courtes durées, 2 à 3 minutes, 8 à 10 maximum. C’est aussi l’idée que je me faisais jusqu’ici sans me poser plus de questions. Mais j’en suis un peu moins sûre aujourd’hui.
Mes connaissances techniques se bornant essentiellement à des approches du style « ah bon? », « ça marche comment? » et « explique-moi ce truc! », je vous livre mes réflexions sans présumer de leur justesse:
1. Je me demande si ces courtes durées ne sont pas nées des débuts de la vidéo sur le Web: les fichiers pesaient très lourds, mettaient longtemps à charger (même en streaming) et la définition, comme la taille d’affichage, restaient limitées. Du coup, effectivement, on devait se limiter à des durées courtes sous peine de lasser ou perdre l’Internaute qui visionnait en ligne.
2. Et puis, en me baladant sur le Web, j’ai vu apparaître des formats considérablement plus longs, et en les rapportant aux compteurs de visionnage (de YouTube par ex.), je ne trouvais plus de corrélation entre durée courte et audience supérieure (yes, je sais, « vu » = click, pas forcément visionnage de la séquence complète, mais tout de même!..). Un exemple parmi d’autres: les vidéo apocalo-prophétiques de « 2012″ qui font partie de la campagne mondiale de lancement transmedia du film d’Emmerich par Columbia (ARG ou pas?, je ne sais pas encore). Certaines durent 60 minutes (découpées en 5 chapitres de 12 minutes chacun pour des raisons techniques, j’imagine); la version française (canadienne en fait) affichait plus de 400.000 vues ce week-end pour le chapitre 1 et, le chapitre 5, quelques 250.000 vues – érosion me disais-je, 150.000 gus n’ont pas été jusqu’au bout, soit près de 4 sur 10 d’entre eux qui ont lâché en route et ça ne fait déjà pas la majorit é. Mais un autre compteur annonce plus de 340.000 vues pour les chapitres 4 à 5 mis bout à bout, du coup l’érosion de durée ne serait plus que de 60.000, soit à peine 15%, ce qui n’est rien du tout. Et les sites anglo-saxons de 2012 affichent des scores de vision de plus de 9 millions d’Internautes, de quoi faire rêver!.. (Pour des programmes de plus de 60′ où n’apparaissent ni John Cusack, ni Woody Harrelson ni Danny Glover mais juste des pseudo chercheurs obscurs à peine illuminés).
3. La qualité des écrans d’ordi rivalise désormais sans complexe en taille et en définition avec les écrans télé HD. Ils sont loin les jours où on se collait le nez à l’écran pour lire une vidéo dans un nuage de pixels de la taille du pouce. La plupart des sites proposent des versions HD et un visionnage plein écran, la seule limite restant la carte graphique de l’Internaute.
4. Par ailleurs, si l’Internaute s’est fait une réputation de surfeur/zappeur (d’ailleurs en anglais on l’appelle « netsurfer ») à l’attention insaisissable, aussi volatile que volage, ça ne l’empêche nullement de passer des heures interminables vissé devant ce même écran lorsqu’il joue sur ordi (en ligne ou pas); par la magie du contenu le volage devient accro.
D’où mes questions:
- est-ce que les usages ne sont pas en train de se modifier sérieusement avec les développements techniques? Et si oui, dans quel sens?
- est-ce que ce prérequis de formats courts n’est pas sur le point d’exploser avec la généralisation du HD? (je n’imagine pas Columbia investissant dans des 60′ plutôt que 20 fois 3′ sans raison majeure…). Quelqu’un a-t-il des chiffres récents?
- enfin, est-ce que lesdits formats ne sont pas plutôt étroitement dépendants de la qualité des contenus, des sujets et des services au lieu que gravés dans le marbre par les statistiques?
Merci d’avance à ceux qui pourront éclairer ma lanterne!..





Tu devrais regarder les posts de tvbythenumbers.com. Il est clair que les choses évoluent et que les « travers de jeunesse » du medium expliquent les statistiques initiales, et dans une large mesure celles d’aujourdhui. Les stats de hulu (ou iplayer d’ailleurs) sont édifiantes à ce titre en terme de durée moyenne des sessions.
Peut-être faudrait-il aussi relier cette notion aux coûts afférents de distribution qui ne sont pas « transparents » pour se faire une idée des facteurs limitants pour les producteurs/éditeurs de contenu (disons pour ceux qui entendent voir un jour un retour sur investissement)… et donc l’influence sur les formats (qui restent sous tendus par une logique économique avant d’être des créations artistiques…).
En gros : si ça coutait moins cher de « publier du contenu sur internet » (je parle du « vrai » internet, pas celui avec des petits gateaux), et si le medium était plus efficace (ne faisaint pas peser des coûts variables sur ceux-là même qui apportent de la valeur au medium en rendant leur contenu accessible en ligne) il y aurait fort à parier que l’offre serait plus large, et que les usages seraient en rapport.
Le sujet c’est qu’aujourd’hui le broadcast reste incroyablement plus rentable que le net pour un éditeur, donc pourquoi mettre ses « vrais contenu » sur un support moins rentable ?
Enfin, si d’aventure l’offre venait à exister vraiment, l’accès internet dont chacun dispose à la maison pourrait-il supporter la charge ? De chez soi à son réseau favori sans doute… au delà surement pas.
tant que l’équation globale est mauvaise, on restera en mode « bricolage ». Tant qu’on bricole, rien à signaler. Mais du « bricolage » à une logique industriel il y a un monde. Tant que cela ne bougera pas (et c’est de l’intérêt ni des media traditionnels ni des opérateur de télécommunication), il y a fort à parier que des chiffres « plafonnent » : si l’offre est trop faible les usages ne décoleront pas… et nous en sommes là. (or Am I missing something ?)
heu, pour suggérer qq chose de plus concrêt pour ce qui est du saucissonnage, il doit y avoir des logiques liées au modèle même de YouTube : les limitations pour ce qui est de l’upload + les principes de monétisation considérant des « fichiers » indépendant. Je miserai sur la raison « moneymoney » sur ce phénomène là aussi : donnez moi des limites, je jouerai avec…
Les deux trois minutes correspondraient plutôt aux vidéos virales, il faut que ça soit court, fun, percutant.
pour le reste … Il n’y a pas de loi clairement établie.
j’ai des étudiants qui regarde des longs métrages en streaming, ça ne les gène pas plus que ça.
le problème numéro un c’est quand même le débit de nos connexions …
Il ne faut pas oublier que si certains citadins sont privilégiés et ont des débits plus que correcte pour regarder de la HD via leur ordi, ce n’est pas le cas de tout le monde. Il faut penser à ça aussi, que la majorité puisse voir votre dernier chef d’œuvre dans de bonne condition sans attendre trois heures.
Après, si on veux vraiment voir un film, on peut le laisser charger et le voir une fois chargé complètement.
Oui, les débits et qualités d’encodage permettent aux contenus de s’exprimer plus librement, et on voit les niveaux moyens des consommations augmenter avec des sites qui diffusent des contenus longs comme le site iplayer (catch-up TV de la BBC), M6 replay, ou les sites de VOD. France Télévisions constate aussi une consommation de formats longs sur son service de catch-up : fictions, retransmissions sportives sont consommées intégralement comme sur un poste de télévision … Seul le journal, étant chapitré, donne lieu à des consommations courtes : le spectateur va directement à ce qui l’intéresse.
A noter que les contenus les plus consommés en catch-up correspondent aux pics d’audience sur la télévision : on veut voir l’émission dont tout le monde parle ! Aussi, les internautes sont prêts à essayer un maximum de 5 programmes, après ils décrochent. Ce n’est pas encore tout à fait la « long tail ».
A terme Internet devrait être un réseau de diffusion équivalent aux réseaux télévisés tels que la TNT, l’IPTV (Internet managé), le câble, le satellite, … Les contenus Internet seront prochainement disponibles sur les TV via les nouvelles générations de décodeurs. Contenus longs / courts devront leur succès à la ligne éditoriale et à l’usage des spectateurs, et non plus à des limitations en débit. La convergence est en marche !
En 2006, époque où l’usage de la vidéo sur le net était encore balbutiant, on met pour la première fois en ligne un court métrage de 8 minutes 30. A l’époque, tout le monde nous explique qu’au delà de 30 secondes, les gens zappent. Le site qui « finance » le film nous demande même, au nom de cette prétendue versatilité des internautes, si on ne veut pas le scinder en deux épisodes. C’est tellement stupide sur le sens qu’on refuse. Entre Daily et YouTube, le film totalise plus de 300 000 vues. Plusieurs émissions télés demandent à en diffuser des extraits, des agences nous contactent pour proposer de réaliser des pubs virales… Bref, à l’échelle de 2006, nos 8′30 avait fait réussi à faire leur petit buzz de chemin.
Alors ça inquiète toujours le réalisateur que je suis quand certains s’interrogent sur LA recette. Nous savons tous que le même type de raisonnement a banni le noir&blanc du cinéma ( »pas grand public »), ou impose les quinze même comédiens à l’affiche de 50% des films ( »Et pour ton rôle de malfrat culturiste, qu’est-ce que tu penses de Dany Boon? »). Le même type de raisonnement qui conduit tous les présentateurs de JT à se mettre debout cette rentrée, toutes les émissions de plateau à proposer le même décors, les mêmes éclairages.
Le net a cela de magnifique qu’il propose au public une variété de formes, de formats et de ton à laquelle la télé et le cinéma ont définitivement renoncé. Chacun pourra citer ici dix succès en ligne de plus de 30 minutes, et dix autres de moins de 30 secondes. Les écrans, le débit, les lieux, les sujets ont changé. Les modes se démoderont certainement de plus en plus vite, mais les spectateurs eux
restent des spectateurs. Bien que certains refusent de l’admettre, ce qu’ils apprécieront toujours le plus, c’est d’être surpris!
Alors, Anne, si on leur laisser ce droit?
GM
Il na faut pas oublier non plus que les vidéos sont aussi regardées sur téléphone mobile.
et là ça complique encore plus l’équation …
@ Etienne
je ne sais pas si le broadcast est plus rentable mais ce que je sais c’est que les producteurs ont une peur panique à mettre leur contenu sur le net du fait du piratage, alors qu’avec un support physique, il ne se gêne pas pour le limiter … (ex les portables équipé de lecteur BD qui ne peuvent utiliser la sortie hdmi pour projeter un film en hd car elle est bridée de peur que l’on pirate …)
cela n’empêche rien d’ailleurs …
@Anne
Les statistiques sont à prendre avec précaution car il y a trop de disparité entre les pays, entre les régions, entre les villes et la campagne.
Pour qu’elles soient valable il faudrait qu’elles prennent en compte le lieu de résidence des spectateurs et leur débit Internet, comme ça on pourrait vraiment savoir. Pour l’instant c’est plus que de l’a peu près …
Si l’on a l’adsl 512 ou si l’on est fibré, c’est pas vraiment pareil. La « consommation » de vidéo sera différente
comme dit réalisateur, il faut tester et ne pas se laisser entrainer dans un carcan. Sur Internet il n’y a pas de grille de programme, on gère nos visionnage comme on peut, comme on veut.
Pour ceux qui s’inquiètent des débits limités (512 K), un souffle d’optimisme, les technologies se développent pour permettre un visionnage de qualité : amélioration de l’encodage (on fait passer la même chose en prenant moins de place dans le « tuyau »), amélioration du streaming, progressive download (on télécharge et on commence à regarder au fur et à mesure, en jouant le contenu à la maison comme un DVD = aucun pb de qualité).
Avec le progressive donwload, on doit attendre le temps de téléchargement, cela ne va pas plaire me direz-vous ? Eh bien, l’usage montre que le visionnage du film en VOD progressive download (on attend ou alors on lance la veille pour le lendemain …) est le même que pour les films en VOD streaming (on commence à regarder immédiatement) … Pour toutes les zones privées de la fibre et d’un très bon ADSL, cet apport de nouveaux contenus à la demande via Internet est un vrai plus.
En résumé, créateurs, les technologies et les usages vous soutiennent, débridez-vous! :-)
@Nicolas Bry
Habitant dans une zone de très mauvais ADSL (même pas du 512) j’attends de voir les effets de ses « révolutions ».
Pour ce qui est du progressive download, c’est déjà ce qu’on fait, on y est bien obligé :(
Personnellement je développe en fonction de ce qui existe et non en fonction de ce qui va arriver. Un projet transmédia est déjà suffisamment compliqué comme ça si en plus il faut rajouter la couche « disponibilité ultérieure de la technologie » on risque de ne pas rencontrer son public dans le cas où la techno n’est pas à l’heure ou si elle ne remplit pas son contrat …
Trying to distinguish some of the issues that are posed in these nice blog I would like to put a wider perspective from someone as me who has spent an entire life in the audiovisual « world ». A quick look shows that the bulk of the « illegal » downloads are not independent films neither European (non English languages movies): they are US major studios made.
I guess there are two basic root problems to be addressed and clearly separated from each other in the creators/producers arena to start. Production financing in continental Europe is based upon government’s subsidies plus television pre-sales (some small percentage with 100% subsidized budget) AND transmedia financing is done out of each one’s own pocket and risk. The traditional model implies that the subsidies are guaranteed in many cases with 75,000 spectators in Movie Theatres. It’s unthinkable and not tolerated to even voice the internet as a valid media to have « film » distributed. The problem is that around the world, people want to see what they want to see and/or are guided to see by others. For generations we have had the US studios and so is now, with good quality broadband or not, in small villages throughout Europe and the rest of the world where internet reaches, people are downloading in whatever quality they can get, mainly US film and TV productions.
And to if it was not bad enough the European scenario, we have also coming from the US the most daring proposals of storytelling innovations: youtube aired « Four Eyes Monster », a 90 minutes movie done by some late teens and the author now is a cult in most of the independent arena. Millions have watched the movie. Several others run or are running the same path.
Transmedia is still to prove its own power and I’m a firm believer that it will sprout some extremely interesting works in the coming months/years… No doubt about that. The physical means are given… However, knowing my own patio, I have serious doubts in the author’s side of their willingness to dare and try their creative skills into this arena: it is a very comfortable the status quo. Still is.
In this filmmaking trade is a taboo to « cross boarders » and to want to be in the Internet is not something an author would dream of speaking in public. Let alone that the subsidy guarantees the entire budget, without the « nuisance » of public affluence or not. In the web, less than several hundreds of thousands views is considered a failure and it costs nothing more than the time to download it for the end-user.
The option for authors (and it always will boil down to authors, creators of great stories that people can watch for more than 5 minutes without zapping away) to become « employees » of corporations (new financial model) instead of lining up the doors of the CNC (or other state run organism) is not something too appealing by the moment.
@ Luis thank for your intervention.
In France they are another problem, we aren’t very good in english, so we can’t participate to the us (or english) transmédia’s project.
and they aren’t a lot of french project …
and have a several hundreds of thousands views for a french project is incredidible
and make a transmedia project without a corporation with you or the CNC is very very very hard
Les Usa ont une plus grande communauté d’utilisateurs, de « spectateurs », que les européens qui eux, sont bloqué par une diffusion dans leur langue maternelle. Même si ‘l’Europe est un grand marché, ce n’est pas un marché où l’on parle la même langue, et ça, ça n’aide pas pour la diffusion des programmes.
Après, que des auteurs ne veulent pas venir sur Internet, qu’à cela ne tienne, d’autres prendront leur place. Les stars de la radio n’ont pas été celles du muet, qui n’ont pas été celles du parlant qui ne seront pas celles du transmédia …
Le financement du transmédia en France est en effet un problème, il n ‘y a pas de « corporations » qui œuvre dans le transmédia, ça limite d’autant les possibilités de financement.
En 2006, époque où l’usage de la vidéo sur le net était encore balbutiant, on met pour la première fois en ligne un court métrage de 8 minutes 30. A l’époque, tout le monde nous explique qu’au delà de 30 secondes, les gens zappent. Le site qui « finance » le film nous demande même, au nom de cette prétendue versatilité des internautes, si on ne veut pas le scinder en deux épisodes. C’est tellement stupide sur le sens qu’on refuse. Entre Daily et YouTube, le film totalise plus de 300 000 vues. Plusieurs émissions télés demandent à en diffuser des extraits, des agences nous contactent pour proposer de réaliser des pubs virales… Bref, à l’échelle de 2006, nos 8′30 avait fait réussi à faire leur petit buzz de chemin.
Alors ça inquiète toujours le réalisateur que je suis quand certains s’interrogent sur LA recette. Nous savons tous que le même type de raisonnement a banni le noir&blanc du cinéma ( »pas grand public »), ou impose les quinze même comédiens à l’affiche de 50% des films ( »Et pour ton rôle de malfrat culturiste, qu’est-ce que tu penses de Dany Boon? »). Le même type de raisonnement qui conduit tous les présentateurs de JT à se mettre debout cette rentrée, toutes les émissions de plateau à proposer le même décors, les mêmes éclairages.
Le net a cela de magnifique qu’il propose au public une variété de formes, de formats et de ton à laquelle la télé et le cinéma ont définitivement renoncé. Chacun pourra citer ici dix succès en ligne de plus de 30 minutes, et dix autres de moins de 30 secondes. Les écrans, le débit, les lieux, les sujets ont changé. Les modes se démoderont certainement de plus en plus vite, mais les spectateurs eux
restent des spectateurs. Bien que certains refusent de l’admettre, ce qu’ils apprécieront toujours le plus, c’est d’être surpris!
Alors, Anne, si on leur laisser ce droit?
GM