Une culture du butinage
Par Fabien Granjon • 25 aoû, 2009 • Catégorie: UsagesL’offre culturelle, de loisir et de divertissement est aujourd’hui pour le moins abondante et les « univers culturels » des individus épousent des formes de plus en plus hybrides, mixant des domaines de pratiques panachés : cinéma, TV, jeux vidéo, musique, livres, actualité, etc. Face à ces invites toujours plus variées et foisonnantes, la question des arbitrages devient de plus en plus aiguë : « c’est difficile de choisir, on n’a pas assez de temps pour tout faire ».
Les potentialités en termes de choix sont ainsi sous-mobilisées et la consommation audiovisuelle n’échappe pas à la règle. Même chez les
plus passionnés, les usages sont assez largement bridés et butent sur l’incapacité structurelle des individus à distribuer leur attention sur autant de contenus qu’ils le souhaiteraient. Mais quelle que soit l’intensité de leur pratique, les amateurs se concoctent le plus souvent des formes de consommation qui entrelacent à minima plusieurs types de pratiques. À cette diversité des répertoires de pratiques répond une autre forme de variété qui est celle des contenus mobilisés. À l’intérieur d’un même domaine (la musique, la vidéo, etc.) le panachage des consommations se présente comme un format d’usage des plus courants. Il s’illustre bien évidemment par le bien connu zapping des émissions télévisées, mais aussi par les consultations courtes et répétées des UGC ou encore l’appétence particulière des individus (et surtout des jeunes) pour des formats brefs qui permettent une grande souplesse de combinaison et une importante liberté dans le suivi des narrations. Le succès de programmes télévisés concis de type « 6 Minutes », « Next », « Caméra Café » ou « Kaamelott », tout comme celui des contenus estampillés Youtube ou Dailymotion où se côtoient clips, « meilleurs moments », rendez-vous humoristiques (« La chanson du dimanche », « Les têtes à claques », etc.) et autres compilations sont emblématiques de l’appétence des publics pour « des trucs qui sont faciles à regarder et à mélanger ». Dans sa forme la plus poussée, cette « culture du butinage » donne finalement autant d’importance aux contenus qu’à la possibilité d’un passage aisé entre ceux-ci. Pour aller plus loin : Bergé (Armelle), « Les pratiques de consommation vidéo sur les écrans et réseaux contemporains : de quelques enjeux et déplacement de la consommation audiovisuelle », Doctoriales du GDR TIC et Société, Télécom Paris.2005. http://gdrtics.u-paris10.fr/pdf/doctorants/papiers_2005/Armelle_Berge.pdf




